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Lecture(S)... Relire Les Justes !

Publié le par RMAC

Adhésion annuelle 2020

 

   

 

Relire Les Justes, 

 

Dans sa préface Camus explique « Si extraordinaires que puissent paraître, en effet, certaines des situations de cette pièce, elles sont pourtant historiques. Ceci   ne veut pas dire, on verra d’ailleurs, que Les Justes soient une pièce historique. Mais tous les personnages ont réellement existé et se sont conduits comme je le dis. J’ai seulement tâché à rendre vraisemblable ce qui était déjà. »

 

C’est bien la dramatisation événements historiques qui se sont déroulés en Russie qui sont au cœur de cette tragédie : l’attentat perpétré contre  le grand-duc  Serge Alexandrovitch, le 17 février 1905 à Moscou par le poète  socialiste révolutionnaire Ivan Platonovitch Kaliaïev, membre du parti des Combattants socialistes révolutionnaires.

 

Plusieurs pistes de réflexion et de recherche après cette lecture.

J’ai voulu, dans un premier temps, retrouver les acteurs historiques, les comparer avec les personnages de la fiction théâtrale et voir, de plus près, les sources nombreuses sur lesquelles s’est appuyé Camus pour composer cette pièce :

Dostoïevski, bien sûr, mais aussi Rousseau, les souvenirs de l’écrivain révolutionnaire Boris Savinkov, traduits par Nicolas Ivanovich Lazarevitch, ami de Camus, qui lui apporte, sur cette époque, ses connaissances personnelles,  -

les écrits et témoignages, entre autres, des philosophes Nicolaï Tchernischevski et Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine, de l’activiste Sergueï Guennadievitch Netchaïev, du nihiliste Dimitri Ivanovitch Pissarev, du sociologue Nikolaï Konstantinovitch Mikhaïlovski …

 

Les Carnets II (1945-1948, notamment pages 222 et suivantes NRF Gallimard Edition 1964) foisonnent d’informations collectées au fur et à mesure de ses investigations, d’idées pour la future rédaction.

 

Je me suis intéressée, plus particulièrement à Ivan Platonovitch Kaliaïev, qui commit l’attentat mortel contre le grand-duc, et j’ai tenté de faire le parallèle avec le héros de la pièce, qui partage avec Romeo quelques caractéristiques, il en a la jeunesse, le charme, l’ardeur et l’impatience.
 Mais moi, j’ai eu un faible pour le jeune Alexis Voinov, lui aussi est idéaliste, fervent mais il doute, il a peur, il est tellement humain !

 

Et puis, un des aspects que développe Camus dans cette pièce explique clairement cette phrase qu’il prononcera plus tard à Stockholm et qui fera tant polémique car extraite de son contexte, déformée et raccourcie ! « Je crois à la Justice, mais je défendrai ma mère avant la Justice » et voici la version originelle « En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ses tramways. Si c’est cela, la justice, je préfère ma mère ».

 

Et enfin, j’ai retrouvé Maria Casarès interprétant, plutôt incarnant magistralement Dora avec tant de réalisme et de conviction !  Et j’ai relu avec émotion le courrier qu’elle adressa à Camus le jour de la dernière représentation (cette lettre figure dans la correspondance Camus/Casarès page 641) « Ce soir, ce sera l’heure de la mélancolie. La dernière représentation des Justes. Hier déjà j’en ai senti la nostalgie tout le long du cinquième acte ; aujourd’hui ce sera difficile. Trop de choses ont marqué cette pièce et c’est la première fois que j’aurais à pleurer une « dernière », seule. »

 

De nombreuses lettres -72 échangées entre Camus et Maria Casarès - évoquent Les Justes.

ADC

 

 

Lecture(S)... Relire Les Justes !

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